Rares sont les groupes qui publient un album enregistré il y a plus de vingt ans. Les Parisiens de William Pears : Thierry Dubois (chant, guitare), Marc Pontet (basse), Pierre-Gildas Pérot (guitare) et Eric Phélippeau (batterie), le font pourtant ce 9 octobre.

Formés en 1992 dans le sillage de la pop indépendante française, ils ont défendu leurs chansons sous la bannière du label Le Village Vert, aux côtés d’Autour de Lucie, et leurs disques ont voyagé jusqu’aux États-Unis et au Japon. Une trajectoire discrète, mais fidèle à une idée précise de la pop : des mélodies qui marquent, une honnêteté, des guitares qui sonnent, rien de superflu.

Ce troisième album, enregistré entre 2000 et 2003, dormait dans un tiroir. Les bandes, redécouvertes récemment, ont fini par convaincre le groupe qu’elles méritaient mieux que l’oubli, et que l’histoire n’était peut être pas terminée.

Reste le dilemme de toute exhumation : comment ressortir un enregistrement ancien sans l’embaumer, ni le retoucher au point de trahir ce qu’il était ? Le groupe a confié le mixage à Roman Ditch, d’une génération plus jeune, et le mastering à Dominique Blanc-Francard. Le doute se dissipe rapidement dès les premières mesures de "Life For Second-Hand Goods" et de "Sinisterville".

Tout y est : des refrains qui se retiennent dès la première écoute, des guitares franches, une basse mélodique qui chante sous les guitares, de belles harmonies vocales. Derrière cette efficacité affleure une vraie culture de la pop britannique, digérée et assumée plutôt que simplement citée. Les amateurs de pop s’y sentiront immédiatement chez eux, avec ce mélange d’énergie et de douceur qui fait la force du genre.

"Sirens" (climax du disque?), "Unkompromising", "Pop Tears Anymore" ou "I'm Not Part of That Scene" confirment la qualité des compositions : des mélodies limpides, des structures impeccables, une écriture qui va droit à l’essentiel. La production, chaleureuse et aérée, laisse à chaque instrument sa place, et l’interprétation, pleine de vie, achève d’écarter l’étiquette de disque "daté".

Les admirateurs de longue date y trouveront un chapitre qu’ils ne savaient pas manquant. Les autres pourront rattraper (l’intégrale de leur discographie est désormais disponible sur les plateformes de streaming ou de téléchargement comme Spotify, Deezer, Apple Music), un groupe que l’histoire de la pop française des années 90 a laissé un peu (beaucoup) dans l’ombre.