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Phil Manzanera
Interview  (Magasin Gibson, Paris)  22 octobre2008

Rencontrer Phil Manzanera n'est pas, de mémoire de journaliste, quelque chose de commun. Impossible de sortir à votre compagne un "chéri je sors faire des courses, au fait je rentrerai un peu tard car je rencontre le guitariste historique de Roxy Music". Impossible. Près de quarante ans après ses débuts, Manzanera continue d'intriguer, par son flegme so british et sa modestie compulsive.

Une façon, sans doute, d'exhumer les années de folies passées dans l'ombre de Bryan Ferry le roucoulant gominé.

Manzanera demande aujourd'hui le droit d'inventaire, soit un double album recensant ses faits de gloire, compositions période Roxy mais également d'autres plus personnelles, composées en solo ou en filigrane des dix années passées dans le glam rock à paillettes. Contrairement aux habitudes (servir la soupe à un cinquantenaire qui radote et soutient que son dernier album est ce qu'il a fait de mieux), Music 1972-2008 s'écoute, s'entend, se déguste du début à la fin. Ou presque (la période hispanique, pardon, reste un détail). Pour toutes ces raisons, et parce que "chérie je rentrerai un peu tard", rencontre avec Phil Manzanera chez Gibson France.

Bonjour Phil, une question classique pour commencer. Comment avez-vous décidé de sortir ce double album, qu'on ne peut pas vraiment appeler une anthologie, mais qui y ressemble tout de même...

Ce sont les premières chansons co-écrites, celles que j'ai composé pour Bryan Ferry, mais aussi celles écrites en solo, depuis près de 35 ans. Ce qui explique entre parenthèse la présence de telle ou telle chanson de Roxy Music, car au niveau des droits une grande partie appartient à Bryan (Ferry, NDR). Il arrivait souvent en studio avec ses accord au piano tadada (il mime Bryan en train de tapoter sur les touches), mais certaines sont aussi l'oeuvre du groupe. Et donc de moi. Plus globalement, revenir sur 35 ans de carrières cela donne du sens à ce double CD. J'ai soudainement réalisé que pendant les dix premières années j'ai composé pour d'autres, posé les notes sur les paroles d'autres chanteurs. Et puis en 1999 j'ai commencé à écrire mes propres textes, je les ai chanté pour la première fois, des choses souvent très personnelles. Il y a également des instrumentaux. Et tout cela reflète parfaitement mon travail, en tant qu'être humain. J'ai appris cela: recenser et compiler toutes ces pistes étaient peut-être une manière pédagogique d'exposer mon travail. Entre 20 et 30 ans j'étais figé dans mes sentiments, incapable de les exprimer. Avec le recul, c'est beaucoup plus facile! (Rires)

Etait-ce également un moyen de clôturer cette période, d'y apposer un sceau, un droit d'inventaire?

Oui, totalement. J'ai compris qu'avec les trois albums solos publiés entre 1999 et 2005 j'avais exprimé beaucoup de choses, sortis beaucoup de mots. Aujourd'hui je n'ai plus rien à dire, alors je ne chante plus. C'est l'une des raisons qui me pousse à sortir prochainement un album instrumental, Firebird VII. Je reste à l'écoute des mots, mais pour l'instant je n'ai plus envie de chanter. Quoique je mens: sur le prochain album il y a quelques fragments de mots, mais uniquement des voyelles (rire général). Il ne faut pas oublier, pour revenir sur le double cd actuel, qu'il y a également un DVD qui explique ma démarche, j'y reviens sur mon enfance, passée en Amérique du Sud, ma rencontre très jeune avec David Gilmour.. Tout cela explique après coup comment j'ai touché à tout ces types de musique, de l'hispanique au prog'rock en passant par la pop. Firebird sera la continuation de ce travail. Les gens peuvent se perdre dans tout ces genres, le double Cd explique, encore une fois, cette démarche.

Vous n'avez jamais réussi à vous fixer sur un genre en particulier, right?

Cela dépend vraiment du contexte et du moment... Le matin au réveil je me sens toujours très latin! Et puis je vais entendre un truc très rock, je vais avoir envie de prendre la guitare et faire un truc dans le genre.. c'est très spécifique comme démarche. Tu sais, mon père était anglais, ma mère Colombienne.... J'ai débuté la musique pour rencontrer des gens, ne jamais être seul, trouver une famille. Même à l'école j'étais dans une "sports-team" pour cette même raison. Je ne voulais pas devenir un requin de studio, pour revenir à la musique. Et c'est l'une des raisons qui me pousse à aimer le jazz, le fait d'être à l'écoutes autres musiciens. Chaque fois que je travaille avec John Cale, Roxy Music, tout ces incroyables musiciens d'Amérique du sud, c'est le même objectif: apprendre des autres, réaliser quelque chose d'intéressant. Partir sans but fixé, et atterrir là où on ne pensait pas arriver.

C'est l'une des raisons qui vous pousse à quitter Roxy Music au début des années 80?

Je crois qu'on avait fait le tour, j'avais envie de liberté. J'étais blasé par le business, oui,  et toutes ces futilités.

Il y a cette chanson incroyable sur le double album, Love Devotion. Explique-t-elle à elle seule cette démarche d'ouverture?

Oui, celle là et bien d'autres. Toutes les chansons que je chante parle de la même chose. Cette étrange sensation de fraternité, ce besoin d'unité. Ce qu'on appelle l'art, dans le sens global, doit refléter cela, au delà du rock'n'roll business.

Les gens parlent beaucoup en ce moment de la crise économique qui touche le music-business, vous évoquez la fin de Roxy Music, il y a de cela maintenant 30 ans, en mentionnant les mêmes complexités industrielles. Y-a-t-il vraiment, au fond, une réelle différence entre 1979 et 2008?

Oui, quand même. Aujourd'hui, à cause d'Internet et des nouvelles technologies, les musiciens ont plus de libertés, la possibilité de faire découvrir leur musique  à un public plus large. Mais c'est aussi plus compliqué: vous n'êtes plus tout seul sur le "marché", des milliers d'autres groupes ont la même possibilité, le même pouvoir. Cela n'était pas vrai en 1979. C'est fantastique pour les musiciens d'aujourd'hui, et cela les renvois aussi à quelque chose d'important: le besoin d'authenticité, qui par définition élimine pas mal de mauvais groupes.

Parlons de live. L'un des concerts les plus incroyables qu'il m'ait été donne de voir date de 1973. Et c'est un concert de Roxy Music. Vous, portant des lunettes de mouche, fringué comme un chevalier médiéval. Pensez-vous qu'un groupe aujourd'hui puisse reproduire la même folie sur scène que vous avec Roxy trente cinq ans plus tôt? 

C'est beaucoup plus compliqué. Tout était plus petit, plus facile. Pas autant de groupes se battant pour la première place, et beaucoup plus de temps était nécessaire pour pénétrer les sphère sociales.  La plupart des groupes ne se demandent pas, lorsqu'ils désirent la célébrité, s'ils sont prêts à faire cela toute leur vie, savoir s'ils joueront de la musique même en étant pauvre.  Le problème, c'est qu'ils pensent dans l'immédiateté. C'est aussi le problème des TV reality show. Je ne doute pas de leur talent, mais de leur motivation; c'est juste la culture de l'argent. Cela explique aussi la grave crise financière que nous traversons actuellement, d'une autre manière.

Le fait de ne pas avoir un groupe de rock symbolique de notre époque?

Oui (sourire)... Mais cela inspirera les futures générations. Les gens disent qu'en cas de crise les artistes ont tendance à devenir plus extravagants, plus créatifs. On en est là.

Revenons sur ce double album. J'y ai découvert que vous saviez chanter aussi.  Et plutôt bien. A quel moment commencez-vous vraiment à chanter, je veux dire... seul chez vous ou en studio, comment se fait le déclic?

Tout débute vraiment en 1999. J'ai trouvé ma voix, parce que j'avais quelque chose à dire. Le cerveau me dictait de chanter, tout comme il me l'interdisait avant!

Toutes les chansons de la "compilation" sont mélangées, entre compos période Roxy Music et personnelles, voire inédites. Etait-ce une volonté affirmée: tout mélanger pour brouiller les pistes, définir une ligne Manzanera plutôt que des périodes?

Non, cela aurait pu... mais non. Je l'ai fait logiquement, comme ça, naturellement.

Ce qui donc explique qu'aucune piste du premier album ne soit présente sur la "compilation". Considérez-vous comme moi que le premier album de Roxy Music reste le meilleur premier album de tous les temps?

(Sourire) Non, pas forcément le meilleur. Le premier Velvet tient quand même vraiment la route... je le trouve plutôt bon le notre, mais il y aussi le premier Beatles, le premier Pink Floyd, le Mothers of invention.... la liste est longue, je ne me souviens pas de tout! Pour sortir un premier album de bonne facture, il faut quand même beaucoup de chance.

Bon, et Roxy Music aujourd'hui, vous en êtes où?

Nous avons enregistré une vingtaine de chansons, certaines ont déjà des paroles, d'autres non... Tout cela avec les gens de l'époque, et Chris Thomas à la production.  Mais envisager l'idée de sortir un nouvel album avec Roxy, c'est une sacré exigence. Il faut que l'album soit bon, qu'il tienne la route. Nous avons besoin de 4 ou 5 bonnes chansons supplémentaires. Pour tout te dire, là, je crois que nous avons un bon demi-album, pas plus.  J'ai tout fait pour réunir tout le monde, resserrer les liens, je suis même à l'origine de la reformation pour tout dire. J'essaie d'organiser les choses, nous n'avons même pas de manager! (rires) Peut être que l'album ne sortira jamais, je n'en sais rien; ce n'est pas stressant. Le fait de revenir avec Roxy Music ne vient pas d'une basse intention mercantile.

Même pas pour baiser les groupies??

(Sourire distingué) Même pas tu vois! En tout cas pas moi, d'autres membres du groupe certainement... mais je ne les mentionnerai pas!
C'est aussi l'une des raisons du live pour eux: trouver des filles! (rire général)

De toute votre vie vous n'avez jamais fait deux fois la même chose. Aujourd'hui, quel est votre objectif? Jouer, produire?

J'ai vraiment envie de jouer actuellement. J'ai trop travaillé pour les autres. J'ai besoin de jouer LIVE! Produire les amis, Cale, Gilmour, c'était super hein, mais là c'est à moi, j'ai envie de penser à moi, pour la première fois depuis très très longtemps.

Dernière question: une video traîne sur Youtube avec l'une des seules apparitions connues du rock critic Lester Bangs. Ce dernier démonte littéralement Roxy Music, vous traitant de snobinards poseurs. Etiez-vous au courant de cette vidéo?

Lester Bangs? Man, incroyable! Non jamais vu cette video. Il est mort maintenant, mais c'est très intéressant, je vais aller voir ça tiens! Mon attitude là dessus c'est qu'il y aura toujours 50% des gens qui vous haïssent et l'autre moitié qui vous aime, le seul truc à faire c'est de trouver les bons 50%!

 

A lire aussi sur Froggy's Delight :

La chronique de l'album The Music 1972-2008 de Phil Manzanera

En savoir plus :
Le site officiel de Phil Manzanera
Le Myspace de Phil Manzanera

crédits photos : Thomy Keat (Toute la série sur Taste of Indie)


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# 4 janvier 2009 : reprise en douceur

Les vacances se terminent, les fêtes se font doucement oublier jusqu'à l'an prochain et Froggy's Delight reprend en douceur avec la première édition de l'année. 2009 vous proposera à coup sûr encore plus de choix culturels avec plus de musique, de théâtre, de livres et d'expos que jamais, mais également des partenariats, dont le premier seraavec le Glaz Art pour la soirée Ruby Throat et Marie Flore dont nous vous reparlerons bientôt et puis bien entendu toujours les soirées Rock is Dead .
D'ici là, voici le programme de la semaine :

Côté musique :

"Share" de Baptiste Trotignon,
"Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko and more" le CD/DVD live à la Cigale,
"A hundred million suns" de Snow Patrol,
"Dance mother" de Telepathe,
"Surfing" de Megapuss,
"Welcome to Mali" de Amadou et Mariam
et une interview de Françoiz Breut suite à la sortie de son album "A l'aveuglette",
ainsi qu'une interview de Hugh Coltman qui revient sur son bel album "Stories from the safe house"

Au théâtre :

"Trois contes de Grimm" au Théâtre National de l'Odéon
"Les tentations électives" au Théâtre du Nord-Ouest
"Claire Solen - Flash" au Petit Gymnase
"The Crazy Horror Theater Show" au Passage vers les Etoiles

Expositions avec :

"José Abad - Du timbre à la sculpture" au Musée de la Poste
la collection permanente ""Les arts du feu" au Musée National de la Renaissance
et dernière ligne droite pour des expositions qui vont bientôt fermer leur portes :
"Emil Nolde" au Grand Palais
"Dennis Hopper et le nouvel Hollywood" à la Cinémathèque française
"Packart - L'art dans le packaging" à la Designpack Gallery

Lecture avec "Ce que le jour doit à la nuit" de Yasmina Khadra
et un beau livre "Une orfèvrerie de terre - Bernard Palisssy et la céramique de Saint Porchaire"

Bonne lecture, bonne culture, et à la semaine prochaine.

           
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