Avec
Dennis Hopper, la Cinémathèque
Française fait coup double : elle peut proposer
simultanément une rétrospective cinématographique
de l'acteur américain qui, au cours d'une carrière
qui dépasse le demi-siècle, a tourné plus
de 150 films et une exposition consacrée au Nouvel Hollywood,
mouvement cinématographique inscrit dans la contre-culture
américaine initiée en 1968 par la génération
hippie et la culture rock dont il fut également, non
seulement le témoin, mais un des acteurs.
En effet, Dennis Hopper, réalisateur du mythique "Easy
Rider", sorti en 1969, road-movie métaphysique
qui est devenu un film culte et emblématique de la révolution
culturelle qui intevrient outre Atlantique, également
peintre, photographe et collectionneur d'art, fréquenta
tout ceux qui aujourd'hui ont gravé leur nom dans l'histoire
de l'art.
Pour concevoir l'exposition "Dennis
Hopper et le nouvel Hollywood", Serge
Tubiana, le directeur de la Cinémathèque
Française, a fait appel à Matthieu Orléan
et Nathalie Crinière qui avaient déjà sévi
de manière exceptionnelle pour l'exposition consacrée
à Pedro Almodovar.
Belle
réussite, une fois encore. Nathalie Crinière
a élaboré une scénographie remarquable
par la mise en scène cinétique des différents
espaces qui s'articulent ainsi en résonance.
Mattieu Orléan, réalisateur,
critique d'art et de cinéma, s'est inspiré des
lignes forces du parcours personnel et professionnel atypique
de Dennis Hopper, que sont la transversalité et la pluridisciplinarité,
pour structurer l'exposition élaborée à
partir d'œuvres et de documents éclectiques qui
couvrent l'ensemble des arts : extraits de films, bandes-son,
interviews, photographies, peintures et sculptures.
Elle est donc conçue de manière singulière
et judicieuse comme une déambulation thématique
qui explore, sans souci de didactisme ou d'exhaustivité,
les différentes ramifications de la rebellion utopiste
des années 60-70, de la pop culture à l'art urbain,
du psychédélisme à la résistance
en pays amérindien.
Dennis Hopper et le nouvel Hollywood : vison de l'Amérique
borderline
L'exposition, qui commence à l'extérieur de la
Cinémathèque avec une œuvre monumentale de
Dennis Hopper "Man from salsa"
qui évoque une gigantesque publicité pour fajitas,
entraîne le visiteur dans un extraordinaire périple
artistique dont Dennis Hopper est le fil rouge.
Un
fil rouge qui s'est fait protraiturer par de jeunes peintres
qui, depuis, ont imprimé leur nom dans l'histoire de
l'art.
Ainsi trouve-t-on Dennis Hopper vu par Julian
Schnabel ("Hopper"),
Ron Cooper ("Hopper
head-Portrait vase") et Andy
Warhol ("Dennis Hopper").
Dennis Hopper lui aussi "tire" le portrait de ceux
qu'il côtoie à Hollywood et immortalise sur papier
glacé le gotha du cinéma et de l'undeground.
Un
mur de tirages argentiques constitue ainsi une superbe galerie
de portraits.
Tout récemment, il les retraite aujourd'hui en billboards,
("Andy Warhol with flower",
"Self portrait at the Pron Stand"),
dans la veine de la peinture néo-figurative en noir et
blanc.
Ils revêtent un caractère fictionnel proche du
cinéma et dégagent par leur motif une certaine
nostalgie de l'âge d'or du Nouvel Hollywood.
Ses photographies figurent d'ailleurs dans collections et expositions,
telle l'exposition du Centre Pompidou en 2006 consacrée
à la création artistique à Los Angeles.
Dennis Hopper a également ouvert les portes de sa collection
personnelle pour présenter les oeuvres de ses proches
et des artistes dont il a pressenti, de manière visionnaire,
le caractère novateur.
Ainsi les assemblages de George Herms
("Phuket: Return to 19th century")
et les combinaisons de Robert Rauchenberg
("Lemon junction late summer glut"),
une toile de Basquiast et une sérigraphie
de Roy Lichtenstein.
Dennis
Hopper traîne aussi ses guêtres du côté
de la sub-culture des banlieues et en rapporte films ("Colors"
et "Homeless") et relevés de l'art brut urbain
avec ses tags, affiches, graffitis dont l'agrandissement photographique
révèle, à cet héritier de l'expressionnisme
abstrait, des réminiscences picturales
Il les traque ensuite dans toutes les métropoles ("New
York-UFO", "Osaka-Black graffiti", "Florence-Yellow
Square", "Venice-Man Ray").
Dennis Hopper ne porte plus le bandana et ne roule pas en moto,
il précise d'ailleurs ne pas aimer cet engin, mais son
visage iconique de l'underground californien, de l'ange dévastateur
en perfecto de "Easy Rider" au militaire de la série
télévisée "Division
des Opérations Spéciales" tournée
en 2005 en passant par le au toxicomane psychotique de "Blue
Velvet" de David Lynch et le trafiquant d'art de
"L'ami américain"
de Wim Wenders, continue de hanter l'écran noir de nos
nuits blanches.
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